L’économie du don, mode d’emploi
Il y a quelques années, je vous expliquais dans ce post les raisons pour lesquelles j’ai choisi de vivre dans l’économie du don. J’y abordais les questions liées à mes recherches, ainsi que des concepts essentiels pour bien en comprendre la dynamique.
Après 13 ans de pratique, qu’ai-je appris ? Comment ça se passe lorsqu’on me sollicite ? Réponse ici.
Si vous me sollicitez
On me demande souvent des conférences (voir ma chaîne Youtube). Des dirigeant·e·s m’appellent également (entreprise, politique, personnalités publiques) pour les accompagner dans leur chemin personnel et professionnel, également pour construire une réflexion disruptive. On m’invite aussi à participer à des innovations à fort impact, technologiques comme humaines, qui demandent d’élaborer des stratégies décalées. Je donne aussi des cours dans des universités, parfois en France, plus fréquemment à l’étranger.
Alors, que vais-je vous répondre si vous me sollicitez ?
Après vous avoir demandé les détails pratiques (qui, quand, où, pourquoi…), je vais vite vous questionner sur le fond : qu’y a-t-il qui vous fait vous lever le matin, à part le réveil, les enfants ou une envie pressante ? Pour quoi, pour qui travaillez-vous ? Que sert le projet pour lequel vous me sollicitez ?
Je vous répondrai un grand “oui” si, de mon point de vue (parfaitement subjectif), votre projet a du sens. Il sert le monde, il sert les autres. J’entends tous les autres : autant les humains que les non-humains. Une conférence sur l’évolution de notre espèce ou les monnaies libres ? Faire entrer votre entreprise dans l’économie de la transformation ? Donner vie au mythe dans votre organisation ? Vous aider dans votre mandat d’élu·e ? Construire une organisation distribuée et auto-organisée ? Initier une stratégie d’innovation disruptive ? Enseigner dans une université ? Implémenter des monnaies libres ? Mettre en place un cursus de formation ? Écrire un spectacle ou un script de film ? Peu importe, du moment que cela sert la vie, les autres, dans une perspective créatrice, autant excitante qu’innovante.
Si vous vous appelez Coca-Cola, Total ou McDonald’s, il y a peu de chances que je dise oui à votre projet car il a de grandes chances qu’il perpétue l’économie extractiviste qui fabrique des gagnants et des perdants. Mais nous pouvons toujours parler. J’ai parfois pu participer à des petits miracles avec des acteurs improbables désireux d’avancer. Tout le monde peut avancer.
Si le projet fait sens, alors je vous donnerai mes conditions :
- Nous allons opérer dans l’économie du don
- Nous allons fonctionner en open source
Opérer dans l’économie du don
Mon travail, mon expérience, mon temps, je vous les offre. Vous ne me devrez donc rien, vous n’aurez aucune dette.
Parce que j’ai choisi de vivre comme ça, dans le cadre de ma vie expérimentale. Parce que cela va peut-être servir d’autres êtres, humains et non-humains. Et ça, ça m’enchante.
Vous pouvez me voir un peu comme une ONG individuelle.
Et surtout, j’ai bien l’intention que nous nous amusions, que nous prenions du plaisir, que nous cassions les codes, que nous inventions de nouveaux chemins, que nous fonctionnions dans une grande bienveillance mutuelle. Même s’il s’agit d’une simple conférence.
Si, plus tard, vous vous sentez en gratitude, alors vous pourrez perpétuer la chaîne du don.
Comment ? En commettant un acte de gentillesse. Envers moi si vous souhaitez soutenir mon travail, mes recherches, mes créations. Envers d’autres personnes, causes, associations, ONG si cela fait sens pour vous. Vous décidez.
Cela peut se manifester sous forme d’argent, de biens, de services, de compétences à partager, de temps à offrir aux autres, un simple merci… vous avez le choix. Ce qui vous fait plaisir, ce que dit votre cœur.
Voyez cela comme un acte joyeux, comme une expression de puissance intérieure et de confiance dans la vie. Pas comme une dette, car vous n’avez aucune dette.
Si vous choisissez de m’offrir de l’argent, alors rien de plus simple : j’émets une facture. Au yeux de la loi, cela restera une prestation commerciale classique. Et je paie mes impôts comme tout le monde.
Quant aux dons aux ONG et associations, il y a un cadre légal que vous connaissez certainement.
Je ne considère pas les frais de transport, d’hébergement, de restauration, comme faisant partie du don. Ils font partie du fonctionnement normal inhérent à tout projet, je vous demande donc de vous en acquitter.
Fonctionner en open source
Nous allons tout simplement mettre notre travail dans le domaine public. Une conférence ? On la filme et on la met en ligne. De la R&D ? On fait de l’innovation ouverte. Vous verrez, cette posture génère toujours des fruits qu’on n’attendait pas.
Que m’a apporté l’économie du don ?
Depuis que j’ai commencé à vivre dans l’économie du don, j’ai vécu plein d’aventures, j’ai rencontré des personnes extraordinaires et participé à des projets incroyables. J’ai des centaines d’histoires à raconter, des petites et des grandes, je pourrais écrire un livre. J’ai accompagné des personnalités publiques tout comme de parfait·e·s inconnu·e·s ici et là dans le monde. La plupart comptent parmi mes ami·e·s aujourd’hui. Des entreprises m’ont offert l’argent qui m’a permis de vivre magnifiquement toutes ces années, d’autres ont choisi d’offrir un bien ou un service inscrit dans ma liste des richesses désirées. D’autres encore ont décidé d’offrir leur temps, leurs richesses, leurs compétences à des personnes ou des ONG qui en avaient besoin. Parfois tout à la fois.
J’insiste sur le fait que l’économie du don ne consiste pas en un donnant-donnant, ou d’un “don-contre-don” comme je l’entends souvent. Je le répète : vous n’aurez aucune dette à mon égard. Il y a juste une invitation à écouter votre cœur, à vous relier à la chaleureuse puissance de la gentillesse.

La gentillesse, parlons-en.
Elle nous propulse bien au-delà de tous les contrats et de tous les formalismes qui régissent nos sociétés actuelles. La gentillesse demande de l’engagement, de la prise de risque, de l’impeccabilité, de l’excellence, de la rigueur, de l’écoute, de l’empathie, du focus.
Toute notre humanité, tout notre potentiel se trouve dans la gentillesse. Sans elle, cette grande force aussi invisible qu’omniprésente, le monde ne tournerait pas.
Je vois l’économie du don comme une véritable révolution copernicienne. Elle a transformé tout mon rapport aux autres, mon rapport au monde, et tout mon univers psychique. Je vis dans un monde bien plus gentil et doux que ce qu’en rapporte le narratif des médias, et la doxa d’un monde au capitalisme sauvage. Dans l’économie du don, on ne négocie plus, on converge. On ne tire plus le drap à soi, on le met au centre. On passe d’une conscience d’un soi contre les autres à un soi avec les autres. Dans l’économie classique, il y a des gagnant·e·s et des perdant·e·s, dans l’économie du don il n’y a que des gagnant·e·s.
Cela doit aussi inclure les non-humains. Je ne soutiendrai aucun projet qui porte préjudice à nos frères et sœurs animaux.
J’en ai fini avec les aspects pratiques, je termine maintenant sur les aspects plus profonds et spirituels de mon expérience.
De la causalité vers la synchronicité
Pour aborder ce sujet, je vais utiliser une métaphore : la voiture et le parapente. Elle me parle, cette métaphore, car j’utilise bien sûr la voiture, mais je fais aussi de longues distances en parapente (voir ma chaîne Youtube sur le sujet).
Pour moi, fonctionner dans l’économie de marché, ça fait comme si je me déplaçais en voiture. J’ai tant de litres de carburant dans mon réservoir, cela va me permettre de rouler une distance connue à l’avance, puis de refaire le plein dans une station, pour repartir et ainsi de suite. Ainsi se construisent les routes et les itinéraires, car tout le monde fait pareil. On a de grandes chances d’arriver à bon port dans un espace-temps anticipable à l’avance. Cela nous offre un certain confort, surtout quand on n’aime pas l’incertitude.
L’économie du don m’a propulsé dans une toute autre réalité, que le parapente permet mieux d’exprimer. Une fois que j’ai décollé, je ne sais jamais vraiment ni quand ni où je vais poser. Vais-je faire 5 kilomètres parce que je n’ai pas trouvé le bon thermique ? Ou vais-je en faire 200 ? Parfois je ferai de longs détours par rapport à la route, d’autres fois d’improbables raccourcis se présenteront à moi, en sautant de vallée en vallée, en passant par-dessus les massifs montagneux. Il s’agit d’une toute autre dynamique. Le parapente me transporte dans des espaces inattendus, magnifiques, épiques, majestueux, parfois doux, parfois dangereux. Il m’emporte aussi dans des espaces psychiques et spirituels que jamais les routes en voiture ne m’offriront.
En parapente, la nature m’offre l’énergie pour me mouvoir. Elle me fait un don. En revanche, je ne sais jamais ce qu’elle me réserve. Va-t-elle m’emporter loin ? Saurai-je m’en montrer digne ? Saurai-je l’écouter et m’écouter suffisamment pour me trouver au bon endroit au bon moment ?
L’économie du don fonctionne de la même façon. Elle m’emmène dans des réalités, dans des rencontres, dans des situations que jamais l’économie de marché classique ne m’aurait fait vivre. Elle demande une profonde écoute, une grande humilité. Comme avec le vent, je ne sais jamais quelles forces vont jaillir du cœur de mes frères et sœurs humains et non-humains. Que vont-iels décider de donner, au monde, à moi, aux autres, à elleux-mêmes ? Il faut faire confiance, il faut se montrer disponible, il faut s’offrir complètement.
Cela m’a ouvert aux synchronicités.
Une synchronicité a lieu lorsque deux événements se présentent à toi, tous deux liés par du sens, alors qu’aucun lien de causalité ne les relie. Par exemple vous pensez à cette personne que vous n’avez pas vue depuis vingt ans, et deux minutes plus tard vous tombez nez-à-nez avec elle dans la rue. Autre exemple : vous avez décidé de lâcher une vie professionnelle qui vous tuait à petit feu, et vous voulez aujourd’hui vous consacrer au théâtre. Pas rassurant financièrement, tout le monde vous dit que vous commettez une folie. Et pourtant, ce matin-là, vous rencontrez dans le train l’inconnu·e avec qui toute l’aventure va se réaliser, naturellement. Ces événements synchrones n’ont aucun lien de causalité. Mais ils ont un lien de sens pour vous.
La pratique de l’économie du don m’a propulsé dans une réalité faite de synchronicités. Le mental me disait que j’allais dormir sous un pont ce soir ? Eh bien non, une rencontre inattendue m’offrait l’hospitalité. Mon porte-monnaie vide disait que je ne pourrais pas me payer mon prochain repas ? Que nenni, une richesse, un don, arrivait toujours au dernier moment, exactement ce dont j’avais besoin.
De fil en aiguille, j’ai appris à non seulement vivre dans l’économie du don, mais à m’y réaliser pleinement. Je n’ose pas dire “voler”, ça pourrait prêter à confusion :).
Cette réalisation se fait avec les autres, sur les puissants thermiques de la gentillesse.
Cette réalité construite sur les synchronicités et non plus les seules causalités m’a permis de nourrir une conscience transrationnelle, – au-delà du rationnel – sujet que je ne vais pas développer ici. Je comprends que pour beaucoup, cela puisse ressembler du mysticisme de bas-étage. Mais partout dans le monde, j’ai entendu les mêmes témoignages : celleux qui osent l’être, qui osent suivre le fil de soi, font l’expérience des synchronicités. L’univers ne semble pas produire que de l’absurde et de l’aléatoire.
Pour conclure…
Pour rien au monde je ne reviendrais en arrière. Comme pour le parapente, il ne s’agit pas d’une route tranquille et certaine. L’incertitude, la complexité, invitent sans cesse à un saut dans le vide, à une confiance absolue dans la vie, ce qui implique une confiance absolue envers les êtres avec qui je partage un bout de chemin. Je ne puis que leur offrir le meilleur de moi, dans la mesure de mes capacités, et me dire que l’univers prendra soin de moi d’une façon ou d’une autre, ce qui a toujours fonctionné jusqu’à présent.
Alors si vous voulez qu’on fasse du chemin ensemble, faisons-le dans notre puissance créatrice et dans la gentillesse. Cassons les codes, amusons-nous et faisons de grandes choses !
Pour aller plus loin :
Vous pouvez lire le Vœu de richesse, visiter la FAQ sur l’économie du don, et visionner ces vidéos.
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